Grossesse précoce :la lutte s’acharne

Région Sofia – MadagascarImage

Avoir des relations sexuelles à l’âge de 12 ans est tout à fait normale à Antsohihy. Le taux de grossesse précoce dans la région Sofia est, de ce fait, le plus élevé à Madagascar. Trente huit pourcent des filles sur une population de 985 000 habitants en sont concernées, d’après le Fonds des Nations Unies pour la population, UNFPA. Pourquoi une telle situation?

 Selon Ernest Mohajy, l’adjoint pédagogique de la circonscription scolaire à Mampikony, « Les films projetés dans plusieurs coins de la localité influencent tant les adolescents, filles et garçons. Ils marquent la manque de loisirs et de divertissement, ce qui ne représente guère de solutions pour occuper nos jeunes». Puis, les cours sur la santé reproductive ne commencent qu’à la classe quatrième. Du coup, les jeunes sont mal informés sur le problématique. En y ajoutant, parler de sexe aux élèves est encore tabou pour certains enseignants. Ils n’osent pas expliquer directement à leurs élèves les dangers sur la sexualité précoce. Des mesures ont alors été prises par les autorités concernées, dont l’unicef, l’unfpa et la direction régionale de l’éducation Sofia(DREN).

Deux adolescentes témoignent:

Rasoanantenaina Olga LuciennImagee,dix sept ans, mère d’un garçon de deux ans.

Elle a accouché de son fils, Soraldo, il y a deux ans. Olga s’était trouvé enceinte de son camarade d’école, quand elle était en classe de cinquième au Collège d’Enseignement Général, CEG, Mampikony. «La relation m’a tenté, je l’ai fait. Or, je suis tombé enceinte. Mon père m’a chassé de la maison quand il a appris la nouvelle, le père de mon enfant ne voulait rien savoir.Alors, je voulais avorter le bébé mais ma grand mère m’a empêché à le faire. Elle nous a pris en charge,moi et mon enfant, ensuite » dit-elle. Le programme de réinsertion scolaire des filles, initiative du fond des nations unies pour l’enfance, UNICEF, a permis à l’adolescente de revenir à l’école. Aujourd’hui, Olga jouit de ce programme de bourse, avec l’appui de sa marraine de l’ONG Sehatra Ivoaran’ny Vehivavy. «Plus tard, je voudrais devenir présidente de tribunal. Puisque le programme de bourse sera terminé quand j’aurai mon brevet d’études secondaires, je fournirai les efforts possibles pour atteindre ce but. C’est ainsi un stand by pour les relations amoureuses.» nous confie Olga.

 

Vitasoa Jeanine, 18 ans. Mère d’un enfant de dix moisImage

L’adolescente de dix huit ans est tombé enceinte en 2012. Elle avait alors quitté les bancs d’école pour s’occuper de son enfant auprès de ses parents. Sa famille l’appuient dans l’éducation de son fils, âge de dix mois. Quant au père du petit garçon, il vit ailleurs. «Le père de mon enfant sait qu’il a un fils, mais il habite chez sa mère loin d’ici» exprime cette adolescente ayant suspendu ses cours en classe de cinquième. Jeanine n’était guère au courant de la possibilité de réinsertion scolaire dans la commune d’Anahidrano, là où elle vit. Les sensibilisations durant la célébration lui a ainsi convaincu de revenir à l’école. « Je n’étais pas au courant que cela était possible. Je ne pensais plus revenir à l’école après l’accouchement, que ma vie se resumerais aux tâches ménagères. Je n’avais plus pensé à une autre alternative quant à la suite de ma vie avec mon enfant. »» exclame Vitasoa Jeanine.

Quelles solutions pouvons-nous proposer?

Faire respecter la loi aux citoyens est un moyen efficace d’après Manambina, le chef de la région Sofia. « Les hôtels et bars sont interdits aux jeunes de moins de 18 ans et cette interdiction est régie par un arrêté régional. Protéger nos jeunes filles de la grossesse précoce est une priorité. Il faut qu’elles soient bien instruites pour faire face à tous les obstacles dans leur vie quotidienne », a-t-il souligné.Puis, un programme de bourse scolaire s’applique pour les fille-mères qui veulent retrouver les bancs d’écoles. Elles sont accompagnées par leurs marraines de l’ONG Sehatra Ivoaran’ny Vehivavy, durant leurs études. Elles peuvent donc poursuivre leurs études jusqu’à la fin du niveau secondaire. Parmi les bénéficiaires figure Olga Rasoanantenaina.

Le programme de réinsertion des enfants-mères est, toutefois, une solution de secours. Selon Philippe Grandet, le représentant adjoint de UNFPA, «la prévention devrait se faire avant l’intervention. Avant que les filles ne soient tombées enceinte ou se marier, il faut  investir dans l’éducation des filles car ceci peut contribuer au développement ». Pour mieux passer le message donc, un service d’échanges entres les jeunes d’Antsohihy a été installé en 2011. Il s’agit d’un « Coin Jeune », dans l’enceinte du CEG de la ville. Soixante quinze Jeunes Pairs Educateurs(JPE) formé dans le cadre du projet conjoint de l’unicef et l’unfpa gèrent ce centre de jeunes. Le but étant de fortifier les partages et l’éducation entre les jeunes. Souvent, les adolescentes qui souhaitent reprendre l’école sont rejetées par la société ou par leurs pairs. Mais l’encouragement des JPE peuvent les aider à surmonter ces problèmes.

parue dans le Journal l’Hebdo de Madagascar du 19 Octobre 2013, page 21

 

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3 commentaires

  1. La situaion de la jeune fille est partout dans le monde, il faut en finir par un vaste programme de sensibilisation. Je suis en République Démocratique du Congo: même réalité!

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    1. merci. en fait, la région Sofia n’est pas la seule concerné par le sujet. Dans le Sud-Est, les jeunes filles de 12 à 16 ans vont à l’école avec leur ventre rond, sans trop se soucier de ce que les gens peuvent en penser. Deux mois après l’accouchement, elles reviennent et continuent leur vie…

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